samedi 18 janvier 2014

Le Grand Rocher du Cap Caxine,


Tunnel du Grand Rocher du Cap Caxine

       La maison était construite au milieu du terrain et surplombait la mer. Une mer bleue-marine, presque noire, houleuse, et jamais calme. Souvent agitée par beaucoup de vagues, et surtout agrémentée d’un incroyable rocher, dénommé «Le Grand Rocher du Cap Caxine» ; situé à quelques dizaines de kilomètres d’Alger... Cette mer où l’on ne se baignait jamais - car elle fut inaccessible – était, dans mes yeux d’enfant, sans lien avec les belles plages de sable, que nous fréquentions l’été, sur la côte-ouest de l’Algérie. Pourtant, ce mystérieux paysage, j’aimais m’attarder des heures durant, à l’admirer avec frayeur et angoisse.
Cette mer si proche, et en même temps si éloignée, contenant cette chose indéfinissable, qui grimpe très haut, comme un gratte-ciel difforme, tout en étant accolé à la terre, et qui l’habite comme un roi, me tourmentait. Lui particulièrement. Ce singulier rocher, que je trouvais majestueux et respectable ; mais qui pourtant me faisait peur. Cependant, j’étais comme rassurée de le voir là, devant moi, stable, indémontable, et imposant. J’étais comme liée à cet extraordinaire roc géant par une profonde fascination... Il était beau.

Les soirs d’orages, le cœur noué, je montais vite au premier étage, car c’est là où je pouvais le scruter avec justesse. A travers les vitres du long couloir qui desservait les chambres, en collant mes joues sur le verre glacé des fenêtres, je plongeais mon imaginaire dans cette eau déchaînée.  

Les éclairs, ainsi que la lumière des réverbères orange, illuminaient la houle. La mer était grandement habillée de cette écume mousseuse, et blanche vive, presque phosphorescente, frappant ce monstre, sans jamais le briser. Ce spectacle m’éblouissait les yeux. Tout ce temps, je m’interrogeais sur la force des vagues, qui l’éclaboussaient si intensément. Je guettais à quel instant allait arriver la plus grande, et la plus vigoureuse. Je m’amusais ainsi, à mesurer le record des hauteurs atteintes, de ces ondes folles, les unes après les autres. Parfois je les imaginais comme étant des femmes hystériques, essayant de faire réagir leur idole, mais en vain. Elles avaient beau le gifler, faire du bruit, ou lui flanquer au visage leurs grandes robes volantes, il restait là, immobile, sans changer ni sa couleur, ni sa place, ni sa forme. Il crânait fièrement, dans sa position de maître des lieux, en demeurant éternellement stoïque, comme un «Grand »... rocher !

Par Amina LB

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