Tunnel du Grand Rocher du Cap Caxine
La maison était construite au milieu du
terrain et surplombait la mer. Une mer bleue-marine, presque noire, houleuse,
et jamais calme. Souvent agitée par beaucoup de vagues, et surtout agrémentée
d’un incroyable rocher, dénommé «Le Grand Rocher du Cap Caxine» ; situé à quelques dizaines de kilomètres d’Alger... Cette mer où l’on ne se baignait jamais - car elle fut
inaccessible – était, dans mes yeux d’enfant, sans lien avec les belles plages
de sable, que nous fréquentions l’été, sur la côte-ouest de l’Algérie. Pourtant, ce mystérieux paysage, j’aimais m’attarder
des heures durant, à l’admirer avec frayeur et angoisse.
Cette mer si proche, et en même temps si éloignée,
contenant cette chose indéfinissable, qui grimpe très haut, comme un
gratte-ciel difforme, tout en étant accolé à la terre, et qui l’habite comme un
roi, me tourmentait. Lui particulièrement. Ce singulier rocher, que je trouvais
majestueux et respectable ; mais qui pourtant me faisait peur. Cependant, j’étais comme rassurée de le voir là, devant moi,
stable, indémontable, et imposant. J’étais comme liée à cet extraordinaire roc
géant par une profonde fascination... Il était beau.
Les soirs
d’orages, le cœur noué, je montais vite au premier étage, car c’est là où je pouvais le scruter avec justesse. A travers les vitres du long couloir qui desservait les
chambres, en collant mes joues sur le verre glacé des fenêtres, je plongeais mon imaginaire dans
cette eau déchaînée.
Les éclairs, ainsi que la lumière des réverbères orange,
illuminaient la houle. La mer était grandement habillée de cette écume
mousseuse, et blanche vive, presque phosphorescente, frappant ce monstre, sans
jamais le briser. Ce spectacle m’éblouissait les yeux. Tout ce temps, je
m’interrogeais sur la force des vagues, qui l’éclaboussaient si intensément. Je
guettais à quel instant allait arriver la plus grande, et la plus vigoureuse.
Je m’amusais ainsi, à mesurer le record des hauteurs atteintes, de ces ondes
folles, les unes après les autres. Parfois je les imaginais comme étant des femmes hystériques, essayant de
faire réagir leur idole, mais en vain. Elles avaient beau le gifler, faire du
bruit, ou lui flanquer au visage leurs grandes robes volantes, il restait là,
immobile, sans changer ni sa couleur, ni sa place, ni sa forme. Il crânait
fièrement, dans sa position de maître des lieux, en demeurant éternellement
stoïque, comme un «Grand »... rocher !
Par Amina LB
Par Amina LB

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