samedi 24 mai 2014

Les petites nuits de l'après-midi.

    



    Quand la vaisselle du déjeuner fut lavée, essuyée et rangée, Julia fermait à moitié les persiennes de la cuisine, et fit de même dans toutes les pièces de sa maison, excepté pour la fenêtre de la salle à manger, qu’elle laissait grande ouverte, en tirant simplement les rideaux blancs en voilage, bordés de dentelle. 

Elle se dirigeait ensuite vers la salle d’eau, qui sentait la lavande comme si les murs en avaient été fleuris. Elle ôtait ses lunettes de vue pour se lavait le visage, et les mains jusqu'au coudes, en faisant mousser un pain de savon de Marseille, et en piochant de l’eau contenue dans une grande bassine métallique à poignées ; une eau propre qu’elle prenait soin d’aseptiser chaque matin de bonheur, avec quelques gouttes d’eau de javel. Elle se séchait ensuite avec l'une de ses serviettes roses et blanches, recoiffer sa longue natte de ses beaux cheveux teints en acajou. Puis, enfin elle se parfumait à l'eau de Cologne abondamment. Ce fut là un rituel après chaque repas chez cette dame, Mère et Grand-mère d’une famille nombreuse, d'une extrême rigueur, et d'une autorité sans faille. Elle faisait régner l'ordre autour d'elle comme un Chef. Tout était minutieusement rangé. Tout était scrupuleusement lavé. Julia ne portait que du blanc, du bleu-ciel, et du mauve pâle. On ne pouvait jamais lui offrir du rose ou du beige. Elle était stricte mais belle, mince et agile. Quand elle souriait elle avait une fossette sur la joue. Ses yeux étaient verts en forme d'amandes, rieurs, perçants et froids, comme souvent dans le milieu de la bourgeoisie rurale...  

La lourde tâche des préparatifs des mets copieux n’avait pas l’air d'épuiser Julia, sauf qu'elle ne faisait jamais l’impasse sur sa petite sieste...

Dans ce moment de somnolence, malgré la foule de petits-enfants et leurs parents, dans la demeure de Julia tout était calme, paisible et serein. Chacun trouvait un espace pour s’isoler en silence, dans cette grande maison méditerranéenne, aux tuiles rouges et aux tomettes oranges, lisses et glacées sur le sol.

L’atmosphère ombragée procurait l’envie de dormir pour certains, de lire pour d’autres, ou de chuchoter pour les plus petits. Ces derniers se retrouvaient tous dans l’escalier central, et s’asseyaient sur les marches pour raconter des histoires, parfois un peu secrètes, comme des moqueries sur les comportements imbéciles de leur grande tante et voisine de Julia. Ils poussaient des petits ricanements qu’ils étouffaient derrières leurs petites menottes, car ils ne voulaient surtout pas rompre cette belle tranquillité qui régnait autour d’eux.

La petite troupe de marmots attendaient patiemment ainsi, jusqu’ à ce que Julia se lève, pour aller courir et s’amuser bruyamment dans la cour arrière de la maison. Pourtant cette heure de répit pour les adultes, instaurée par la Grand-mère, était vécue comme un instant de quiétude pour tous, même les plus turbulents y trouvaient leur compte. En somme, chacun se ressourçait dans cette tendre ambiance.

Vers le milieu de l’après-midi, une légère impatience s’installait chez les enfants ; mais, le sifflement de la bouilloire donnait le signal de l’heure du goûter. Enthousiastes, les gamins remontaient au premier étage comme des oisillons qui sortent de leur cage ; ils s'attroupaient alors comme une bande de petites canailles, dans le hall qui desservait la cuisine et le séjour, et scrutaient avec gourmandise les faits et gestes de Julia, et de leurs mères respectives, tantes, et belles-filles, qui s’attelaient à dresser de grands plateaux de tasses, contenant du café au lait ou du thé, ainsi que de grandes assiettes de délicieux biscuits.

Ils allaient ensuite saluer leur Grand-père, comme s’ils ne l’avaient pas vu de toute la journée. Ils savaient que pour ce dernier, le sommeil de l’après-midi n’avait duré que quelques dizaines de minutes, et que la fenêtre grande ouverte de la salle à manger demeurait illuminée pour lui... Pendant que la maison était endormie, il regardait la télévision à faible volume, et profitait de la petite brise qui faisait gonfler le voile des rideaux.

C’est ainsi que le jour se levait une seconde fois dans la maison de Julia, dans la joie et la bonne humeur de l’heure du thé, après que chacun des siens ait bien dégusté la merveilleuse atmosphère que répandent les petites nuits de l’après-midi…


Par Amina LB

*Un instant de vie de mon enfance, décrit de façon précise, que j'ai pu vivre - avec beaucoup d'émotion - régulièrement dans la maison de mes Grands-parents (sauf pour le prénom de ma Grand-mère paternelle, que je ne dévoile pas).


dimanche 16 mars 2014

C'est la Crise ! Un jean et une paire d’escarpins s’il vous plait !







-         Ça roule ! un jean et une paire d’escarpins !
-         Madame, le jean vous le voulez slim ou straight ?
-         Euh, ben j'hésite... disons slim...
-         Slim ! Ok, ça roule !
-         Ah désolé Madame ! Quelle taille ?
-         Vous avez quoi comme tailles ?
-         Pour les slims nous avons xs, s, m, l, et xl je crois aussi.
-         Ben non, pas xl, vous voyez bien... je vais essayer le s.
-         Et pour les escarpins ?
-         En principe je fais du 37 mais des fois le 38 c’est mieux
-         Bon je vous apporte les deux…

Avec un grand sourire, le jeune homme disparaît dans la réserve, qui est loin parait-il. Pour l'attendre je m’assoie sur un large tabouret carré en velours rouge, où il y a déjà une dame décoiffée et négligée, qui attend, avec son fils qui mange son doudou avec plein de salive, se roule par terre, et escalade le pouf de temps en temps…

Quinze minutes plus tard - qui avaient la consistance de 3 semaines pleines - le jeune homme, de petite taille, avec son pantalon pendant, fashion jusqu'au bout des oreilles percées en "œillets de rideaux" , arrive avec une pile de quatre boites à chaussures, tenant sous le bras trois jeans...
-         Bon, voilà pour vous, mais je n’ai plus de 38 dans le modèle que vous voulez, et les jeans slims, on a plus que ce modèle, on a tout vendu à cause des 18 jours de soldes spéciales dernièrement.
-         Ah bon ?! dommage ! c’est la crise remarquez… c’est normal qu’on ne trouve jamais ce qu’on cherche ! ça parait logique, n'est-ce pas ? 

Le vendeur sourit et commence à ouvrir les boites. Je glisse mon pied dans le 37, et je me lève. Mais mon sac à main est posé au sol, pas loin de la cliente qui a fait de ce stand, une crèche pour enfants enrhumés…  sans compter le désordre des boites et papiers qui commençaient à envahir l’espace… Alors me voilà pas rassurée, comme c'est la crise, je reprends mon sac sur l’épaule, comme si je partais loin, très loin, alors que j'allais juste à quelques mètres me regarder, en boitant, avec au pied droit un escarpin haut de 15 cm, et au pied gauche ma bottine de marche ratatinée de 5 cm de haut, jusqu’au fond du stand à chaussures pour tenter de trouver (Nom de Dieu !!!!) un miroir, pour que je puisse me voir, et décider, peut-être, si j’achète ou pas cette paire d’escarpins que j’essaie sans collants, avec les orteils plissées et enfoncés, en ayant au fond de l’esprit (et non au fond de la pompe) le souci que quelqu'un me vole l’autre bottine ratatinée que j’ai laissée dans le foutoir là-bas... Quelle drôle d’idée !!!

Je reviens vers le jeune vendeur qui n’était pas très loin de moi. Miracle !
-         Ça me serre un peu quand-même, mais je vais essayer les deux pieds, je verrai mieux le modèle.
-         Oui bien sûr Madame.

Me revoilà repartie vers « le pouf-crèche-cabine », pour essayer le deuxième pied, si on le retrouve…
Tout va bien, il est là !

J’enlève ma bottine, et je glisse le pied gauche, cette fois c’est bon, je mesure 1m 80, j’avance comme une dinde à qui on a accroché des poids aux fesses, en laissant ma vieille paire de bottines dans le désordre… Mais pas rassurée du tout, hop ! je fais demi-tour, et je l'embarque avec moi. Toujours cette idée stupide qu’on vienne me voler une vieille paire de chaussures… "On est bizarre parfois". Oui, mais c'est la crise...
Dans cette posture, un peu ridicule, sac sur l’épaule, bottines ratatinées à la main, pantalon légèrement remonté sur les chevilles, escarpins vertigineux… je dois me décider seule, pour acheter ou ne pas acheter : telle est la question ! Puisque le vendeur est occupé à servir une autre cliente… Mais tout ceci est normal, je le prends bien car c’est la crise, donc pas de conseillés disponibles, pas de tailles disponibles, pas de modèles disponibles, puisque les clients ne sont PAS disponibles ; ils ne sont jamais là ! Mais tout de même quand ils arrivent, ils arrivent tous en même temps ! C'est un comble.

Je me regarde, de profil, puis de face, puis de trois/quart, enfin, je fais des poses qui ne servent à rien, car je n’ai pas franchement le coup de cœur. Il me faudrait peut-être une demi-heure de réflexion, et d'autres essayages, mais non, l'idée m'effraie et le temps presse, et d’ailleurs mon téléphone sonne... Pour clouer le spectacle, il est au fond du sac, et je n’ai pas les mains libres, ni l’esprit d’ailleurs, pour répondre probablement à ma mère, ou une amie, qui est surement en train de m’appeler pour une bricole qui peut attendre une heure, voire un jour… C'est la crise (de nerfs) !

Je retourne vers le grand pouf dont on pouvait à peine deviner la couleur, tellement il y avait de boites et de vêtements dessus, et voilà qu’une cliente s’est assise tranquillement à ma place, sans le savoir, avec sa grand-mère serrée à côté d’elle… C'était comme un wagon de la SNCF qui s'était détaché pour se mettre là au milieu d'un magasin. Bref, pas assez de "poufs"... c'est la crise (de nerfs) !

J’ôte mes échasses tout en restant debout et en me baissant, pas très simple j’avoue, avec un souci de taille, car mon sac n’a pas de fermeture éclair (même s’il m’a coûté 450€), et ça n'a pas loupé, mon portefeuille et mes lunettes de soleil tombent, me voilà accroupie à ramasser mes affaires, avec la gentille vielle dame qui tentait de m’aider.

Tout en sautillant, à cloche pied, je remets mes bottines, je pose mon sac par terre, je remets les escarpins dans la boite - sans me tromper de boîte - tout ça  en cherchant du regard  le jeune homme pour lui dire que je renonce à essayer les slims (ou bien je pique une crise!), et que je vais finalement acheter les escarpins, car quelque part, cette incommodité exaspérante m'y oblige. Je me suis dit : « Finalement, je n’ai pas fait tout ça pour repartir en n’ayant rien acheté ! Hors de question !». Mais voilà, le jeune homme n’est plus là !

Une jeune fille s’avance vers moi, et me dit avec un très large sourire :
-         Vous cherchez Guillaume Madame ? Il est parti déjeuner, et je le remplace.  Alors, vous avez fait votre choix ?
Je lui réponds en souriant aussi en lui tendant la boite :
-         Oui. Je prends ces chaussures, mais les jeans je les essaierai une autre fois…
-         Très bien.

Elle remplit une fiche, et me demande d’aller payer à "trois kilomètres et demi", c’est la caisse la plus proche. Là aussi, rien de bizarre.
Je pars donc presque « en voyage d’affaires » pour payer une paire de pompes que je n’ai pas encore ! Une file d’attente énorme me tend les bras, je me pose avec patience, et j’attends mon tour. C’est normal, c’est la crise (de nerfs) !

Une fois « ce grand voyage terminé », je fais attention de ne pas arracher ma carte bleue, avant d’en être sûre, car je redoute ce moment où sur l’écran je lis « carte arrachée » et où la caissière me demande de recommencer… avec un air dépité et non "débité" (ça c'est pour le compte), et bien sûr, comme d'habitude, fort antipathique !

Longtemps après, bien stressée, je reviens vers la jeune fille qui remplace Guillaume, mais elle n’est pas là... J'avale ma salive, je reprends mon souffle, et je la cherche du regard, en me disant, qu’elle n’est surement pas bien loin… Je ne la trouve pas. Mais je vois ma boîte dans un sac posé derrière le petit comptoir, et je suis tentée de la prendre et de partir avec, mais c’est interdit. Pourtant j'ai payé...

Enfin, quinze minutes après elle arrive de la  réserve, avec des tas de fringues sous plastiques, de cette fameuse réserve qui se trouve à 1500 km !

Elle me sourit encore et toujours. C’est déjà ça, et vient chercher mon ticket pour me donner mes chaussures.
-         Au revoir Madame, et Merci ! A bientôt !
-         Bon après-midi ! Merci ! Au revoir !

Après tous ces "au revoir" chargés : à bientôt, merci, à tout à l'heure, à demain, bon courage, bon après-midi, bon appétit, bonne soirée, merci beaucoup, c'est gentil, ça va bien ? comment allez-vous ? On se connait ? bonjour, de rien, je vous en prie... Enfin me voilà délivrée ou presque… 

Je passe la porte de sortie, et là ça bipe et ça clignote !  en Rouge ! Orange ! Vert ! Au secours…!!!!

-         Zut ! qu’est-ce qui se passe ?
Un monsieur en costume sombre au visage strict, avec une oreillette, au look "James Bond is in the market" s’approche de moi, me prend tous mes sacs, et les repasse un par un devant le portique de sécurité. Je lui donne le ticket de caisse, qu’il me rend aussitôt. Et j’attends que ce moment légèrement humiliant et agaçant passe…
  
Il jette un œil dans mon sac, puis il part avec les chaussures - encore elles -  il fait une manipulation derrière une tablette et me laisse partir, avec un immense sourire ultra-brite ! je lis dans son regard un léger : "vous êtes charmante". Je me sauve !

Me voilà partie, épuisée et énervée, pas vraiment comblée, avec de nouveaux escarpins pourtant, qui m’avaient franchement bien pompé l’air !

C’est normal, c’est la crise… qui n'est autre qu'une façon normale de nos jours de faire ses achats dans un grand magasin, que ça nous plaise ou pas, car on nous a bien expliqué implicitement, sur les journaux, à la télé, ou à la radio, que dans ce contexte de non croissance il faut serrer les dents et garder son calme, donc pas de "crises", puisque c'est déjà : "La Crise"!!! 

Par Amina LB



samedi 8 février 2014

Twitter : Un endroit qui n'appartient qu'à nous... ?



La Foule !




     Combien de personnes sont inscrites sur les réseaux sociaux ? Des centaines de milliers… Je ne peux mesurer leur quantité. Moi-même j’utilise ces connexions que je conçois comme des outils de communications, de façon sérieuse ou ludique. C’est en effet la manière basique avec laquelle tout ce monde en use. Pourtant, il y a comme quelque chose de plus profond que je ressens, comme si cette « machine » sans contact, était malgré tout un soupçon de l’extrait même de ce qui caractérise l’individu dans sa mesure sociale : l’humain tel qu’il vit aujourd’hui. Dans l’ambivalence du mutisme criant. Ecrire pour mieux parler. Twitter en quelques mots bien pesés tout le poids d’une pensée. Exister dans un monde probablement frustrant où même le cadre de ses dires est étroit. Apprendre à vivre seul mais en compagnie addictive des autres qui n’attendent que vous, pendant que vous recherchez leurs réponses. Vivre dans l’attente de l’action de l’autre pour enfin agir ou réagir.

Si je devais décrire de façon artistique ces réseaux, je dessinerais probablement des immeubles avec des fenêtres qui abriteraient la foultitude que nous sommes, et chacun ouvrirait les volets de sa petite cabane empilée sur les autres, mais sécurisante, car il est le seul à en posséder les clefs (alias mots de passe), pour enfin pouvoir dire un cui-cui à sa manière, avec l’humeur du jour : aigu, grave, fragile, émouvant, sensible, triste, comique, ridicule, haineux, maladroit, irritant… N’est-ce pas là justement l’un des rares espaces où les individus se sentent libres et se dévoilent ? Brusquement ou petit à petit… ? Quitte à se cacher derrière des pseudos, des noms inventés, des noms de héros, des Schtroumpfs, des chats, des Blanche-Neige, des Fées… Ceux-là préféreront avancer masqués, comme pour surprotéger leur domaine : "un domaine ultra privé".

Ne serait-il pas plus aisé de dire haut et fort ce que l’on pense quand personne ne sait qui l'on est ? L’anonymat donnerait-il plus de force pour lever les tabous ? Le monde conventionnel serait-il donc muselant au point de pousser l'individu à vouloir se cacher pour dire ce qu'il pense ?

Je me pose toutes ces questions, et plus je « fréquente » ce monde virtuel, que je juge plus que jamais réel, j’ai envie de répondre « OUI ». J’ai moi aussi récemment, décidé d’utiliser uniquement mes initiales ALB sur mon compte Twitter, en laissant seul mon prénom apparaitre @LB_Amina, le jour où j’ai retrouvé un de mes tweet agrémenté d’un dessin inoffensif sur un compte que j’ai jugé « infréquentable ». J’ai compris ce jour-là que si nous ne sommes pas une personnalité, ou une quelconque entreprise, avec une renommée évidente, il nous était alors difficile d’exister pleinement dans ce mondes « fouillis » où toutes sortes de dérives côtoient les plus sages, continuellement et sans limite, notamment sur Twitter. 

En somme, ce besoin d’anonymat, ou de minimiser les informations sur son identité, est une forme de précaution. A l'image d'un grand manteau gris, des chaussures ordinaires, et une sacoche bien camouflée… Ce masque bariolé de Noms parfois imprononçables, serait l’équivalent  d’une tenue tellement loufoque qu'elle repousserait inconsciemment les autres... Des allures travaillées que l’on pourrait porter quand on va se promener dans un quartier où l’on risquerait de se faire agressé...

Quant aux personnes décidées de façon déterminée à laisser jaillir toute leur haine, derrière des déguisements grossiers, seraient donc ces fameux « voyous » que l’on n’aime pas croiser le soir sur le trottoir…


Pour toutes ces conclusions - que je me suis faites avec mon propre regard - je soutiens plus que jamais que les réseaux sociaux sont bien le reflet du monde, où l’on se bouscule, avec politesse, mais aussi avec maladresse, mais heureusement, le plus souvent sera tout de même avec une belle allégresse… dans un petit espace qui n'appartient qu'à nous...

Par Amina LB
Lily Allen - Somewhere only we know !

samedi 18 janvier 2014

Le Grand Rocher du Cap Caxine,


Tunnel du Grand Rocher du Cap Caxine

       La maison était construite au milieu du terrain et surplombait la mer. Une mer bleue-marine, presque noire, houleuse, et jamais calme. Souvent agitée par beaucoup de vagues, et surtout agrémentée d’un incroyable rocher, dénommé «Le Grand Rocher du Cap Caxine» ; situé à quelques dizaines de kilomètres d’Alger... Cette mer où l’on ne se baignait jamais - car elle fut inaccessible – était, dans mes yeux d’enfant, sans lien avec les belles plages de sable, que nous fréquentions l’été, sur la côte-ouest de l’Algérie. Pourtant, ce mystérieux paysage, j’aimais m’attarder des heures durant, à l’admirer avec frayeur et angoisse.
Cette mer si proche, et en même temps si éloignée, contenant cette chose indéfinissable, qui grimpe très haut, comme un gratte-ciel difforme, tout en étant accolé à la terre, et qui l’habite comme un roi, me tourmentait. Lui particulièrement. Ce singulier rocher, que je trouvais majestueux et respectable ; mais qui pourtant me faisait peur. Cependant, j’étais comme rassurée de le voir là, devant moi, stable, indémontable, et imposant. J’étais comme liée à cet extraordinaire roc géant par une profonde fascination... Il était beau.

Les soirs d’orages, le cœur noué, je montais vite au premier étage, car c’est là où je pouvais le scruter avec justesse. A travers les vitres du long couloir qui desservait les chambres, en collant mes joues sur le verre glacé des fenêtres, je plongeais mon imaginaire dans cette eau déchaînée.  

Les éclairs, ainsi que la lumière des réverbères orange, illuminaient la houle. La mer était grandement habillée de cette écume mousseuse, et blanche vive, presque phosphorescente, frappant ce monstre, sans jamais le briser. Ce spectacle m’éblouissait les yeux. Tout ce temps, je m’interrogeais sur la force des vagues, qui l’éclaboussaient si intensément. Je guettais à quel instant allait arriver la plus grande, et la plus vigoureuse. Je m’amusais ainsi, à mesurer le record des hauteurs atteintes, de ces ondes folles, les unes après les autres. Parfois je les imaginais comme étant des femmes hystériques, essayant de faire réagir leur idole, mais en vain. Elles avaient beau le gifler, faire du bruit, ou lui flanquer au visage leurs grandes robes volantes, il restait là, immobile, sans changer ni sa couleur, ni sa place, ni sa forme. Il crânait fièrement, dans sa position de maître des lieux, en demeurant éternellement stoïque, comme un «Grand »... rocher !

Par Amina LB

mercredi 1 janvier 2014

Une occasion pour faire de jolis vœux


Œuvre Edward HOPPER
«Soleil dans une cafétéria » 1958
Yale University Art Gallery

       En général, on voit des étoiles, des flocons de neige, ou des bulles de champagne qui éclaboussent sur les cartes de vœux. J’ai préféré cette œuvre d’art apaisante d’Edward Hopper (Peintre Américain 1882 -1967), que j'affectionne énormément... et puis dans HOPPER il y a "hope" ! C'est donc à travers cette image que j’exprime tous mes meilleurs vœux à tous, à l’occasion de cette nouvelle année 2014 qui démarre aujourd’hui.
En réalité, très profondément je souhaite que cette année soit aussi paisible que cette œuvre.
J’aimerais qu’elle contienne beaucoup de rayons de soleil au sens propre et figuré. 
Et juste ce qu’il faut comme pluie.
Que le monde soit moins agité et plus réfléchi.
Que la cohérence soit accompagnée sans cesse de simplicité et d’humilité.
Que le bien dépasse le mal.
Que l’être humain retrouve sa vraie place, tranquillement, un peu comme s'il montait majestueusement les marches d’un grand escalier qui mène vers tout ce qu’il y a de mieux, de bon, comme : la sagesse d’esprit, la quête du bonheur accessible, la santé maintenue, la joie recréée, la réussite bien fondée, la prospérité entretenue, le sens du partage, et la foi en la réalisation soudaine et facile des plus beaux rêves.

Bonne Nouvelle Année 2014 !

Happy New Year 2014 !

Par Amina LB