Les Anges
croquent du chocolat...
Je n’aime
pas les amandes enrobées de chocolat avec de la poudre de cacao dessus. Je
n’aime pas les fondues de chocolat avec des fruits. Je n’aime pas mélanger les
sorbets avec de la glace au chocolat…
Je dois
surement faire partie de ceux qui savent apprécier le chocolat... Le must noir.
Mais aussi le praliné, à la pâte d’amande, ou de pistache. En palet fin, à la
ganache noire, ferme et fondante. Au lait ou à la crème. Jamais blanc, ou très rarement
en petite touche. Avec de la gelée de groseille, ou en cerises griottes au Rhum.
A la nougatine, ou au fondant de sucre glacé. En orangettes bien sûr. En gâteau
compact, crémeux, ou mousseux. En éclair ou en religieuse. En opéra ou en
marbré. En barre dans un pain au chocolat bien feuilleté au beurre. Ou tout
simplement dans un bon morceau de pain frais. C’est surement ce dernier que je
préfère.
Et
d’ailleurs, en poussant mon caddie pour faire mes courses de Noël, j’ai décidé
d’opter pour la simplicité. Pour la table, il n’y a rein de meilleur que les
bonnes choses authentiques et sans sophistications. Le reste n’est que
fantaisie.
Ce fut-là mon plaisir de ramener cette fête sacrée à l’essentiel.
Probablement cette atmosphère de crise globale qui ne donne guère envie de faire des folies dans ses assiettes. Je fais
(hélas) partie, là encore, de ceux qui pensent à ceux qui ne peuvent - malgré eux - apprécier le chocolat, ou toute
autre gourmandise… même le jour de Noël.
J’envie
parfois celles qui « narguent » le monde en conduisant leur
Chevrolet, en passant les fêtes sous les tropiques, avec diamants et froufrous
de soie, sans la moindre gêne, et sans scrupules. Celles qui doivent et savent
se dire : « moi j’ai réussi donc j’en profite ! ». Car à mon
simple niveau, moi, j’angoisse. Mon estomac me brule et mon esprit se perd dans
la tourmente, à l’idée qu’il y ait tant
et tant de souffrance sur cette terre. Cela me rend triste, et plus particulièrement
en ces jours de fêtes. C’est dans ces instants (un peu plus que d'habitude) que je me tourne vers le ciel
pour quémander de la grâce. En me demandant (si à tout hasard) Dieu, les Anges, ou
même les Astres, et bien entendu tous les Saints, pouvaient faire quelque chose
pour atténuer les souffrances humaines…
Pourtant, malgré
ce désarroi qui me ronge, et compte tenu de mon impuissance, je m’oblige à
chasser cette mélancolie, ou culpabilité, car je me dois de donner des moments
de bonheur à mes proches, de partager ces instants uniques qu’offrent ces
fêtes, en créant toute la magie nécessaire, avec simplicité et amour.
Aujourd’hui,
tous ces inconnus que j’ai croisés afférés à remplir leurs sacs, étaient là
pour les mêmes raisons que moi. Beaucoup vivent ces fêtes depuis plusieurs
décennies. Et chaque année pourtant, ils recommencent de la même façon. Le poids
et le respect des traditions, et la motivation que donne l’euphorie par le
monde entier, influent probablement sur le maintien de cette ferveur de la
quête du bonheur, et c’est tant mieux. Cependant, leurs visages me paraissaient
gris, leurs cheveux étaient blancs malgré leur teinture, leur dents étaient
comme jaunies par le temps. Leurs vêtements étaient poussiéreux, leurs regards étaient vides. Ils formaient
comme une masse terne. Était-ce là des gens heureux ? En principe. Mais,
au-delà de cette sphère - aussi morose soit-elle - je repense sans cesse à l'autre souffrance. Une autre. Plus rude.
Celle de ceux qui ne peuvent s’offrir la magie de ces instants. Tous ceux qui vivent
dans la marginalité. Dans la terreur. Dans la misère. Dans la souffrance absolue. Dans la violence. Dans la
violence du monde, ou de la vie. De leur triste vie.
En observant
ces confiseries étalées par centaines, je me suis imaginé qu’en mettant bout à
bout toutes ces buches de Noël, industrielles ou artisanales, cacaotées ou
vanillées, nous pourrions probablement entourer toute la terre. Tout comme en
mettant bout à bout toutes les misères de ce monde, nous pourrions certainement
enrober entièrement toute notre planète. Elle en serait comme un bonbon de
chocolat, bien lisse, brillante, et croquante ! Cela ferait visuellement un
beau dessert. Merveilleusement dressé sur une nappe chocolatée, avec de beaux gâteaux bien montés. Est-ce cela
donc le rôle de la misère ? Une partie nécessaire, qui formerait un socle
pour porter le décor de ce monde, et qui sans elle il n’en serait pas un… ?
Je le conteste… !
Je le conteste… !
Par Amina LB
Joyeux Noël

